Dans le feuilleton d’une année peuplée de variables improbables, Netflix sera parvenu à captiver les foules avec une mini-série centré sur le monde professionnel du jeu d’échec. La plateforme de vidéo-à-la-demande gonfle les muscles en annonçant l’habituel bilan mensuel des programmes les plus regardés – selon les chiffres officiels du diffuseur, The Queen’s Gambit, série limitée de Scott Frank avec Anya Taylor-Joy, a intéressé 62 millions de téléspectateurs. Une prouesse, compte tenu du caractère particulier de ce programme, sensiblement différent des autres productions à se partager le peloton de tête des Netflix Originals.

The Queen’s Gambit s’est effectivement fait une place dans les programmes les plus regardés sur la plateforme Netflix, en prenant la tête des séries limitées, trônant à quelques places de The Witcher, première de la liste pour le département sériel du géant du streaming. Les aventures de Geralt de Riv chiffrent leurs audiences à 76 millions de spectateurs pour la première saison, suivies de La Casa Del Papel avec 65 millions de spectateurs pour la quatrième saison, et la série documentaire Tiger King avec ses 64 millions. Un ensemble relativement varié pour témoigner de la variété des formats sur Netflix, quoi que, bien entendu, ces données sont pour la plupart largement surévaluées.

Piège Sibérien

The Queen’s Gambit ne déroge pas à la règle des comptes fallacieux de la plateforme : en janvier, l’entreprise de Reed Hastings expliquait que les nouveaux calculs reposaient sur une nouvelle méthode de calcul. Quiconque a regardé les deux premières minutes de n’importe quelle série ou film rentre dans la catégorie d’un audimat « plein », autrement dit, une saison complète est considérée comme ayant été regardée en entier à partir des deux premières minutes du pilote. Compte tenu de la puissance de la marque, il y a gros à parier sur le fait que beaucoup de curieux qui s’attaqueraient à une série suite à un matraquage médiatique ou au bouche-à-oreille des réseaux sociaux s’arrêtent au bout du premier épisode, pour être tout de même comptés comme des spectateurs fidèles.

La rédaction de Variety fournit une contre-lecture des audiences réelles de Netflix sur l’année dernière, à titre de comparaison, basée sur l’ancienne méthode de calcul. Celle-ci considérait une saison comme « complète » à partir de 70% de sa durée globale, et les chiffres globaux tombent très en-dessous des audiences de cette année en suivant ce regard, plus honnête, sur l’affluence des spectateurs (à titre d’exemple, la dixième série du top 2020, Space Force, annonce 40 millions, quand la dixième série du top 2019, Elite, se cantonnait à 20 millions). Il est probable que l’audimat réel de The Queen’s Gambit soit moins important, mais comme d’habitude, les trucages de Netflix s’adressent essentiellement aux actionnaires sans représenter de valeur réelle pour le public ou les équipes de production.

Sur le papier, la série de Scott Frank reste un succès tonitruant à l’échelle de sa proposition artistique, saluée par la critique et en bonne route pour les Emmy Awards de l’an prochain. Pour l’anecdote, le talent de Beth Harmon pour les échecs entraînait récemment un petit boum dans les téléchargements d’applications relatives à ce sport cérébral (selon l’agrégateur App AnnieChess.com sera ainsi passé numéro 3 des téléchargements aux Etats-Unis et numéro 2 au Royaume-Uni), ainsi que dans les ventes d’échiquiers physiques selon le porte-parole du groupe Jouéclub en France. Rien d’étonnant à ça : si Anya Taylor-Joy se mettait à la pétanque, on irait tous collectivement à taquiner le cochonnet, et si elle se mettait à la cornemuse, on serait tous en train d’emmerder les voisins.

Reste maintenant à attendre la pluie de statuettes qui prévoit de s’abattre sur The Queen’s Gambit d’ici l’an prochain.

Source