Exilé du système traditionnel des studios et des grands distributeurs d’Hollywood, David Fincher, comme beaucoup de cinéastes de sa génération, a trouvé refuge dans les allées plus permissives des plateformes de vidéo-en-ligne. Après avoir cocréé la série Mindhunter pour Netflix avec le scénariste Joe Penhall, l’immense metteur en scène est (enfin) de retour avec un authentique long-métrage six ans après l’adaptation du roman Gone Girl de Gillian Flynn, là-encore prévu pour la grille dématérialisée du géant du divertissement en streaming. Baptisé Mank, le film sonne comme un retour aux affaires pour un cinéaste passé par bien des avortements de projets (UtopiaWorld War Z 2, une série HBO sur ses jeunes années de réalisateur dans l’industrie du clip vidéo) avec une première bande-annonce en forme de coup de tonnerre pour valider l’information : papa est rentré, papa est à la maison. Papa est là.

Citizen Kane 2

Le scénario de Mank naît au départ dans l’esprit de Howard Kelly « Jack » Fincher, père du réalisateur, journaliste et écrivain, qui s’était intéressé à l’un des grands mythes du cinéma américain – l’idée selon laquelle le grand Orson Wells ne serait pas le réel auteur du chef d’oeuvre Citizen Kane, et n’aurait fait qu’adapter le script d’Herman J. Mankiewicz, auteur et critique dans le Hollywood des années 1930 généralement moins connu que son imposant camarade de jeu. Wells et « Mank » reçurent tous deux le prix du meilleur scénario pour Citizen Kane en 1942, à l’occasion de la quatorzième cérémonie des Oscars, où il film était mentionné dans toutes les catégories. Le film devint un mythe, Wells entra dans les manuels d’histoire du cinéma, et quelques décennies plus loin, « La Mutinerie Kane » lança l’idée selon laquelle le vieux « Mank » était le véritable génie à l’origine du projet.

David Fincher dut attendre plus de vingt ans avant de pouvoir s’attaquer à l’adaptation de ce script conçu par son paternel – le film avait été imaginé après la sortie de The Game en 1997 avec Kevin Spacey dans le rôle titre, mais les studios lui refusèrent à l’époque le droit de tourner le projet en noir et blanc. Quelques années plus tard, en 2003, Jack Fincher s’éteignait à l’âge de soixante-douze ans. Mank se présente donc comme un hommage à l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma, mais aussi comme l’hommage d’un fils à son père dix-sept ans après sa disparition. Gary Oldman se chargera du rôle titre, au moment de la conception de Citizen Kane vécue à travers le regard d’Herman Mankiewicz, avec Amanda Seyfried en Marion DaviesCharles Dance en William Randolph Hearst et Tom Burke en Orson Wells, pour boucler la boucle.


Mank est attendu pour le 4 décembre 2020 sur Netflix.

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